lundi 16 novembre 2009

ZENON - Marie Chantal dans la manif

Connaissez-vous René de Obaldia ?
Il est un dramaturge Français, né en 1918, qui a travaillé avec Jouvet, Vilar et Barsacq, a écrit de nombreuses pièces jouées dans les années 70 et 80, et est membre de l'Académie Française depuis 1999.

Une de ses pièces, Les Bons Bourgeois, raconte l'histoire d'une famille bien établie pendant des événements qui rappellent Mai 68. Le texte mêle un style classique en vers avec des références contemporaines... rendant le tout assez savoureux.

Extrait: Dorothée, mère de famille à la fois très bcbg et un peu flinguée, arrive sur scène et raconte à ses enfants ses aventures lorsqu'elle est prise dans la manifestation


Scène XI

Arrive Dorothée, dans un grand déploiement d'étoffes, suivie de Philomène.


Dorothée - Quelle aventure !
Elle s'affale dans un fauteuil
Prise dans la manif !
Benoit - Vous étiez en voiture? !
Dorothée - Oui; des voyous voulaient soulever mon capot
En criant dans la vitre: on te fera la peau !
Alors, j'ai mis les gaz - tout en restant sur place
Aucun n'osa toucher à mon joint de culasse
Benoit - Rien de tel, en ces cas, que flegme, fermeté
Philomène - Souvent le collectif tourne au précipité
Dorothée - mais le flot grandissait; des hommes et des femmes
Brandissaient des panneaux, d'autres des oriflammes,
Mâles au teint foncés: Corses, Bretons, Afghans,
Qui scandent avec foi de farouches slogans.
Et je ne pouvais rien, recluse sur mon siège,
Que de voir défiler le venimeux cortège.
De jeunes gens blafards marchaient à reculons.
Un de ceux-ci, soudain, baissant son pantalon,
Me découvrit son cul. Je ne pipe, ne bouge.
Mais ce cul, mes enfants, était peint. Peint en rouge !
Philomène - le message parfois passe plus bas
Afin qu'il soit lisible aux masses et aux médias.
[...]
Dorothée - Je n'ai point succombé par bonheur au vertige.
Droite suis demeurée, intacte sur ma tige,
Les mains ne lâchant point le cuir de mon volant.
Puis j'entends un galop souterrain, affolant,
Tandis qu'au ciel luisant tourne un hélicoptère
Qui vrombit - l'on croirait un gros lépidoptère.
Et voici tout à coup une horde de flics
Qui boute, avec entrain, ma horde de Moujiks!
Et ce ne sont que cris, que jurons, jets de pierres.
Bottés, casqués, dotés de tombantes visières,
Boucliers plexiglas, ripostent les martiens.
Dans ce brouillard, Dieu reconnait les siens !
Je vois se profiler des ombres disparates
Qui tombent sous le coup de savantes matraques.
Enfin la route est libre: un étrange désert!
Lors, je fonce en tirant à fond sur le starter,
J'évite un rescapé, je mets toute la gomme
(le moteur, quelque fois, vient au secours de l'homme)
Et laisse à leur destin les mecs et leurs nanas.
Je prendrais volontiers un jus d'ananas.

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