« Humains d’aujourd’hui, vous n’avez pas échappé au dard vénéneux du Malin en vos âmes prostituées à la consommation immédiate d’un plaisir strictement jouissif et vain. Le système capitaliste vous a corrompus jusqu’à la dernière particule de vos esprits plus qu’anesthésiés par le besoin omniprésent et omnipotent de satisfaire l’envie consubstantielle à votre nature prétentieuse et dévorée d’orgueil. Dites vous bien qu’en vos petites vies étriquées cornées de concupiscence et de convoitise pour le bien d’autrui, le système a triomphé de la moindre trace de liberté chèrement acquise depuis des siècles. Et vos âmes froides comme la mort, toutes entières dévotes à la consommation immédiate et dans l’instant de plaisirs créés de toutes pièces pour satisfaire votre soif inextinguible de divertissement, ne prennent même plus conscience de l’incontournable beauté même de la salvation.
Pendant des millénaires, le pouvoir aristocratique a instauré la censure interdisant vos pulsions fangeuses de remonter à la surface sociale et de troubler l’ordre en place, organisé pour vous, incapables que vous êtes de ne pas vous entredéchirer sans cela. Il vous entretenait dans le postulat politique directement hérité de Dieu d’une tension permanente vers un mieux, aidé par les valeurs nobles qui prétendaient vous gouverner, à savoir l’honneur, la Bonté altruiste, la négation de la lâcheté et le refus du stupre fangeux, la pénible réflexion contre la réaction idiote et violente, l’élégance et la grâce d’une culture hissée au panthéon de la grandeur humaine contre vos traditions fantasques et régressives. La finesse et la délicatesse contre l’épaisseur de vos âmes frustes.
L’illusion égalitariste moderne vous confinait alors en martyres de l’idéologie de lutte, dans le postulat marxien traditionnel de l’embryon avorté incapable de se développer car empêché par l’oppression extérieure des classes dominantes. Ô il en a été ainsi c’est certain et assez prématurément ce qui a signé la mort même d’un système aristocratique de plus en plus miné par vos remugles bourgeois. Mais comment pouvait-il donc en être autrement ? Vous vouliez le pouvoir mais incapables de s’en servir, à quoi cela aurait-il mené ? Exactement à ce que nous vivons aujourd’hui. La bourgeoisie du 19ème siècle, bien plus intelligente et maligne que l’aristocratie traditionnelle, minée par les siècles de consanguinité et l’abrutissement quotidien de la vie de Cour a pris le pas politique sur les élites anciennes, non en instaurant plus de droits ou d’égalité qu’auparavant, loin de là. Le paysan du Perche a continué à violer ses filles impubères et à battre sa femme jusqu’à lui exploser le crâne, l’autre à boire comme un trou les maigres deniers accumulés au labeur. Mais bien plus sûrement en vous apportant un opium bien plus fort et puissant que Dieu : l’argent. L’argent partout, pour tout, vecteur de tout. Ce n’est peut être pas un hasard si la noblesse en a toujours fait un tabou sacré. Ne jamais parler d’argent comme on ne parle pas du Diable car c’est en incarner l’essence.
Cette régression partout, toujours, vous n’en êtes pas seuls responsables. Il y a à l’œuvre dans mon monde les forces les plus primaires de la chute. Le débat se cristallise autour de dogmes antiques hérités des temps les plus obscurs de l Histoire humaine. À l’heure de l’avènement matriciel de la machine et de la primauté de la Techné, les hommes se recentrent sur ce que leur nature corruptible avait donné de plus affreux : les massacres en série , les génocides les plus abominables, les crimes les plus insoutenables, ceux remontant aux Croisades ou aux razzias des Hachichins, laissant la trace infecte du sang séché sur les murs de l’Histoire jusqu’aux charniers du Darfour, en passant bien évidemment par les Shoas cataclysmiques du 20ème siècle. Et tous les soirs à 20 heures, de grasses poupées gonflables suant le détachement et la froideur des bourreaux, donnent à bouffer à la masse de mon monde les corps crevés de soif et desséchés par la faim, les os prêt à se briser sous le marteau des assassins n’ayant plus de chairs à déchirer de leurs machettes émoussées, et ce spectacle des mères au sein tari laissant leur fœtus né déjà cadavre tentant de glapir sans force une dernière goutte depuis longtemps disparue, ce spectacle indicible du Mal en puissance, sous ce ciel de titane écrasant de soleil… et le gros homme bouffi pouvait alors zapper sur un jeu télévisé où de célèbres maquereaux s’en donnaient de tout cœur à prostituer le reste de Sens de la vie de mon monde. »
jeudi 5 novembre 2009
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Suis évidemment tombée sur votre site par hasard.
RépondreSupprimerMais quel plaisir à en lire le texte!
Il y a donc encore quelques voix qui s'élèvent! Mais que sert de crier dans le désert? "A nous mêmes, pour nous mêmes" me direz-vous. Je comprends.
Merci.
gst